Rendez-vous avec l’inconnu

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Le 30 juin 2013. La date est fatidique. Elle l’est pour les quelques centaines de réfugiés qui vivent encore dans le camp de Choucha. Elle l’est tout autant pour les activistes du forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) qui soutiennent la cause des réfugiés du camp de Choucha depuis plus de deux ans déjà. Ni les premiers, ni les seconds ne savent en effet ce qui adviendra au lendemain de cet ultimatum qui marquera la fermeture définitive et officielle du camp de transit ouvert en 2011 à Médenine au lendemain du soulèvement populaire dans la Libye voisine.

Cette inquiétude et ce désarroi face à une échéance aussi imminente ont lourdement pesé sur la conférence de presse organisée hier, 27 juin 2013, par le FTDES.

En passant en revue l’historique du camp, Nicanor Haon, le chargé du dossier au FTDES a relevé plusieurs « incidents qui ont entaché l’histoire » de la structure d’accueil. Le camp a certes servi de point de transit pour des milliers de personnes ayant fui le conflit libyen, mais « des réfugiés y ont perdu la vie, d’autres y ont perdu toute opportunité de continuer une vie normale dans un pays stable et sûr. » a-t-il souligné.

La vie normale relèverait jusqu’ici de l’impensable, voire de l’absurde pour les quelque 250 personnes dont les demandes d’asile et de réinstallation ont été rejetées  ainsi que pour les 250 autres personnes qui attendent encore de partir vers un pays qui leur accorde le droit d’asile, mais surtout pour les quelque 200 autres personnes qui ne sont carrément pas reconnues par le bureau du HCR en Tunisie.

Cette anomalie persistante serait, selon Alaa Talbi, membre du FTDES, aggravée par la décision de la fermeture. Houda Chalchoul, la représentante du département de la sécurité du bureau du HCR, a estimé, elle, que la décision de fermeture, visait plutôt à mettre un terme à la situation précaire des réfugiés, « d’autant plus que Choucha a été dès le départ conçu comme un camp de transit ».

Les solutions pour le retour à la normale, la fonctionnaire de l’agence onusienne a eu beau les énumérer : un programme facultatif pour la réinsertion en Tunisie qui comprenne des options de microprojets, des aides au logement, quelques 800 offres d’emploi mis à la disposition des réfugiés non statuaires et des aides pour le retour au pays d’origine pour ceux qui le veulent. Mais les contestataires semblaient en dissonance avec les propositions du HCR. Comment pourraient-ils, eux qui avaient déserté leur pays natal, puis fui la Libye, vivre dans une Tunisie qui n’est pas à l’heure actuelle pourvu d’un système d’asile ? Comment pourraient-ils s’insérer dans le tissu social local, eux qui se disent avoir subi plusieurs actes de racisme et de discrimination, que ce soit par la population locale au sud que par les autorités tunisiennes ? Quel avenir attend les enfants nés sous les tentes de fortune du HCR ? Quelle issue pour les jeunes qui ont interrompu leurs études ?

Toutes ces questions et bien d’autres se seraient peut-être bousculées dans la tête de Khadija, la réfugiée tchadienne déboutée que nous avons rencontrée au mois de janvier dernier, lors du sit-in des réfugiés déboutés devant le siège du HCR dans le quartier huppé du lac. La dame qui était alors accompagnée de ses enfants, est venue hier seule, laissant sa famille en proie aux coups de sirocco qui ont déjà commencé à balayer les « quartiers du camp », ou ce qu’il en reste.

Les traits tirés par la fatigue d’un trajet de plus de 530 kilomètres et les yeux hagards, la mère tchadienne n’est pas parvenue à délivrer tout son témoignage. Une bouffée d’indignation, de douleur et de tristesse a eu raison de sa voix.

Mais, même avec son témoignage inachevé, Khadija a tout de même réussi à regagner la capitale pour faire entendre sa voix. Plusieurs de ses voisins au camp n’ont pas eu cette chance, car les autorités leur auraient interdit de circuler hors du gouvernorat de Médenine. Au moment même où se déroulait la conférence, un réfugié a été arrêté en route vers Tunis. Pour les forces de sécurité, il ne serait qu’un sans-papier, un inconnu.

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Publié le 28/06/2013 à 11:29

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