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Le livre de la semaine :

« 14-Janvier, l’enquête » d’Abdelaziz Belkhodja et Tarak Cheikhrouhou : Chroniques d’une « journée » de braise

14janvier

« 14-Janvier, l’enquête » est un livre coécrit par Abdelaziz Belkhodja et Tarek Cheikhrouhou, qui enquête sur ce qui s’est réellement passé durant le mois de décembre 2010 en se focalisant notamment sur la journée fatidique du 14 janvier 2011.

Les coauteurs nous invitent à revivre les événements de manière objective, factuelle et chronologique. Bonnes intentions, mais avaient-ils les moyens de mener une enquête de cette envergure ?

« Ce livre est basé sur des documents officiels, des rapports des renseignements militaires, des procès-verbaux, des écoutes téléphoniques, des listes d’appels, des explications scientifiques et divers témoignages d’acteurs de premier plan », affirment-ils d’emblée. Vaste chantier !

Dans l’introduction, les auteurs du livre nous mettent en garde contre  les informations mensongères diffusées après le 14 janvier. Ces mensonges sont propagés par certains médias avides de « scoop », même au détriment de la réalité, profitant d’une liberté d’expression débridée et sans précédent.

Révélation :Mohamed Bouazizi, le jeune chômeur qui s’était immolé par le feu, ayant ainsi provoqué l’étincelle de la révolution, s’appelle en fait Tarek Bouazizi et  le personnage de Mohamed Bouazizi existe bel et bien, il est diplômé de l’enseignement supérieur et originaire de Sidi Bouzid, mais  ce n’est pas le martyr qui a enflammé la Tunisie et une partie du monde arabe !

Autre révélation : les forces de l’ordre étaient équipées d’armes militaires lourdes et étaient très mal entraînées, ce qui expliquerait le nombre élevé  de décès par balles. « En effet nos policiers visaient les jambes des manifestants mais vu leur nature, les balles utilisées rebondissaient pour atteindre les parties supérieures du corps humain », expliquent-ils.

Et de conclure, la sinistre ministre de l’Intérieur, Michelle Aliot- Marie avait raison de souligner que les  policiers tunisiens «  manquent de savoir- faire ». Bigre…

D’autre part, les coauteurs ont mis en exergue  le rôle important et déterminant qu’a joué Samir Tarhouni .Cet officier, chef de la Brigade anti-terroriste, a pris le risque mortel d’arrêter les membres de la famille de l’épouse de Ben Ali de sa propre initiative et sans instructions « d’en haut ». Son geste a fait de lui un héros national. Ecoutez son poignant message lancé à ses hommes  avant de capturer les Trabelsi: « Le pays est à feu et à sang, les manifestants s’approchent de notre caserne, des ordres ont été donnés à un de nos capitaines de se mettre en position « hostile » au ministère de l’Intérieur alors que leurs propres sœurs sont dans la manifestation, et pendant ce temps, ce chien de Ben Ali s’occupe d’envoyer sa famille en vacances. C’est le moment où jamais de faire ce que nous devons à notre pays : allons leur demander des comptes ! Et qu’ils restent avec nous dans ce chaos ! ».

Ce livre de 194 pages se lit d’un trait. Le style est alerte et nerveux. Les paragraphes sont compartimentés comme un thriller. Mais attention, il ne s’agit pas d’une enquête menée par des journalistes d’investigation, plutôt d’une documentation solide. A lire impérativement.

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