Samedi 20 septembre 2014 | Contact

Prix Nobel de la Paix 2012 : polémique sur le bilan et la représentativité de l’U.E.

Prix Nobel de la Paix 2012 - polémique sur le bilan et la représentativité de l’UE

L’Union européenne a reçu le prix Nobel de la paix 2012. Cette distinction récompense officiellement l’action menée par cette organisation politique pour faire avancer la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme. Pourtant, cette attribution a suscité une polémique et une certaine confusion sur le choix des personnalités qui iraient recevoir ce Prix, le 10 décembre prochain, au nom de l’Union européenne.

 La construction européenne est d’abord l’histoire d’un succès historique et politique symbolisé par un fait : après deux guerres mondiales successives qui ont ensanglantées la première moitié du XXe siècle, le Vieux continent connaît la paix. Les critiques se sont néanmoins abattues sur le choix du Comité Nobel. Celles-ci s’expliquent par le fait que l’UE ne s’est pas imposée comme une puissance internationale de maintien de la paix.

Un bilan mitigé qui dévoile que l’UE a peu d’actions internationales fortes et efficaces à son actif !

Certes, depuis dix ans, près de 23 missions ont été déployées en Afrique, en Asie et en Océanie ; l’UE négocie le cessez-le-feu entre la Russie et la Géorgie ; elle a aussi envoyé une force de 1 900 policiers au Kosovo, déstabilisé par les minorités serbes ; l’UE est également engagée pour la résolution du conflit israélo-palestinien : chaque mois, elle verse des millions d’euros d’aide aux Palestiniens… Reste que l’Union a peu d’actions internationales fortes et efficaces à son actif. Absence de forces militaires extérieures et volontarisme politique cohérent obligent… Les divisions internes ont souvent paralysé l’organisation, incapable notamment d’assumer une position unique lors de la crise/la guerre d’Irak de 2003. Au sein même de l’espace européen, l’UE a été incapable d’éviter la guerre en Yougoslavie au début des années 90. Enfin, si le spectre d’une « guerre européenne » s’est – définitivement ? – éloigné, l’UE traverse une crise financière et économique qui affecte directement la « paix sociale » au sein des Etats membres. L’Euro est désormais perçu par une partie de l’opinion publique européenne comme un facteur d’instabilité et d’insécurité, alors qu’il devait garantir la croissance et la prospérité en Europe…

Du reste, la remise de ce Prix Nobel dela Paix à l’UE a vocation à faire contrepoids au discours « décliniste » qui frappe la construction européenne…

Mise en lumière de l’absence de représentation internationale unique de l’UE !

En outre, la désignation de(s) personnalité(s) qui seront amenées à recevoir ce Prix Nobel à Oslo (Norvège) le 10 décembre a suscité des interrogations. Certaines voix se sont exprimées pour suggérer les noms de véritables « Pères » du projet européen, encore vivants, comme Jacques Delors ou Helmut Kohl. La Commissaire européenne aux affaires intérieures, Cecilia Malmström, a suggéré une solution symbolique : l’envoi de 27 enfants issus des différents Etats membres… Plus sérieusement, la question a mis en lumière l’absence de représentation internationale unique de l’UE.

Certes, depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne (1er décembre 2009), l’UE jouit d’une personnalité juridique internationale. Mieux, ce traité a institué un président stable au Conseil européen ainsi qu’un Haut représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité. Or, la création de ces deux nouvelles figures internationales n’a pas mis fin à l’éclatement de la représentation et de l’action extérieure de l’Union européenne. Ces novations institutionnelles n’ont pas réglé la question de la répartition précise des rôles en matière de représentation internationale de l’Union européenne. L’article 15 du traité sur l’UE indique seulement que le Président du Conseil européen « assure à son niveau et en sa qualité la représentation extérieure de l’Union pour les matières relevant de la PESC, sans préjudice des attributions du Haut Représentant ». Nulle compétence particulière n’est reconnue expressément au Président du Conseil européen (M. Herman Van Rompuy).

Qui recevra la récompense ? Quel usage sera fait des 930 000 euros octroyés ?…

Finalement, s’il se rendra bien à Oslo pour recevoir le fameux Prix, il sera également accompagné des présidents respectifs de la Commission (M. Barroso) et du Parlement européen (M. Schulz). Animé par une volonté d’afficher une unité institutionnelle c’est donc ensemble, mais selon des modalités encore imprécises – qui recevra la récompense en premier lieu? Quel usage sera fait des 930 000 euros octroyés ?… – qu’Herman Van Rompuy, Jose Durao Barroso et Martin Schulz se présenteront devant le Comité Nobel. Cette troïka européenne reflète non seulement un équilibre politique entre la droite conservatrice-libérale et la gauche sociale-démocrate, mais incarne aussi les trois sources de légitimité de l’UE : interétatique, supranationale et démocratique.

Comment peut-on récompenser ceux qui n’ont pas été capables de balayer devant leur porte ?

Enfin, au-delà de cette volonté de « représentativité de la représentation internationale » de l’UE, il est troublant de récompenser des acteurs institutionnels qui se sont montrés incapables de trouver des solutions à la crise que traverse l’Europe…