Jeudi 20 juin 2013 | Connexion

Focus sur le premier semestre 2012

L’économie tunisienne dans tous ses états

Eco1

Dans un contexte de récession économique en Europe, principal partenaire commercial de la Tunisie, auquel s’ajoute des risques de conflits sociaux, l’année 2012 aura été, jusqu’à la fin du premier semestre, assez difficile en termes de croissance, de finances publiques et par conséquent d’accès au financement.

Bien que le gouvernement de Hamadi Jebali cherche à minimiser les conséquences d’un réel effondrement de l’économie tunisienne, les perspectives de croissance à moyen terme restent intimement liées notamment au retour de la confiance des investisseurs étrangers.

Bénéficiant d’atouts maintes fois soulignés telles que la dotation en main d’œuvre qualifiée, des ressources minières et une infrastructure plutôt correcte dans l’ensemble, la Tunisie devrait théoriquement retrouver une place de choix en tant que destination privilégiée, en Afrique du Nord, en matière d’investissements étrangers, à condition de renouer avec la stabilité politique dans un cadre démocratique plus équitable en termes de répartition de richesses.

La révolution de la Dignité aura finalement eu un effet nettement plus important sur l’économie tunisienne que celui que l’on escomptait. En effet, après avoir enregistré une croissance du PIB de 3.6 % en 2010, l’année 2011 s’est soldée par un recul de 1.5 %. Cette baisse n’a pas été plus prononcée grâce au rebond de la production agricole en 2011. Cette dernière compte toujours pour près de 9 % du PIB, malgré une tendance régulière à la baisse. Hors secteur agricole, le PIB a ainsi reculé de 2.4 % en 2011 et plus particulièrement la valeur ajoutée dans les industries manufacturières a enregistré une baisse de 2.8 %. Enfin les services marchands se sont repliés de 4.4 % en 2011.

Les effets de la révolution auront donc eu un impact non négligeable sur l’ensemble de l’économie et notamment sur les activités marchandes, à l’exception de l’agriculture, en raison de la désorganisation de l’activité sur les premiers mois de l’année.

Au-delà des effets liés au contexte domestique, la Tunisie fait face également au ralentissement de la conjoncture mondiale et plus particulièrement européenne.

Les exportations qui se sont stabilisées après le trou d’air de 2011 restent fortement dépendantes de la demande du marché européen. L’Union européenne achète 75 % des produits exportés par la Tunisie. Ainsi, la faiblesse des perspectives de croissance en zone euro au cours des prochains trimestres tend à suggérer un nouvel épisode de repli des exportations au cours du dernier trimestre de 2012. D’autant plus qu’au cours du premier trimestre de 2012, les principales industries manufacturières ont accusé un net ralentissement et ce alors que les taux de croissance auraient dû s’accélérer en contrecoup de la révolution de 2011.

Un marché domestique atone

Partant de ce constat et face à une demande extérieure en berne, l’économie tunisienne devra s’appuyer sur les moteurs domestiques.

Les dernières études conjoncturelles montrent que du côté de la consommation, les ménages se trouvent dans une situation assez floue. Cela peut s’expliquer par le fait que les salaires dans le secteur privé, non agricole, ont continué de s’accroître relativement, y compris en termes réels, c’est-à-dire en termes de pouvoir d’achat; le taux de chômage reste assez élevé, même si une légère amélioration s’est produite au premier trimestre 2012, une baisse de 0.8 % entre février 2012 et novembre 2011 (Source INS et Natixis); un fort ralentissement du crédit à l’économie et une dégradation des indicateurs de confiance sur la consommation.

Dans ce contexte, la consommation des ménages devrait rester jusqu’à la fin de l’année assez peu dynamique, même si des facteurs de résilience semblent être présents.

 Du côté de l’offre, la dégradation de la demande effective des entreprises, notamment en ce qui concerne les débouchés extérieurs combiné à un marché domestique atone, ne serait que peu incitative à une reprise réelle de l’investissement. La défiance des investisseurs reste importante quant aux évolutions futures et au risque réel d’instabilité politique perçue encore comme non négligeable. Notons par ailleurs, que les investissements étrangers dans les infrastructures touristiques sembleraient être plus fortement touchés par la frilosité des investisseurs, en lien avec une forte baisse du nombre de visiteurs étrangers dans le pays, en raison des évènements politiques et de la crainte liée à la concomitance de la coloration politico-religieuse du gouvernement au pouvoir, avec des groupuscules salafistes dans une moindre mesure.

Sur le plan des finances publiques, la dégradation du déficit en 2012, s’explique largement par une baisse significative des recettes (hors dons et privatisations). En effet, la loi de finances de 2012 a prévu une légère baisse du ratio des dépenses sur PIB. Malgré cela la stabilité financière du pays, bien que plus fragile que par le passé, semble ne pas être menacée à moyen terme.

Pour faire face à cette situation assez critique et pour éviter tout débordement de nature à engendrer un conflit social de grande ampleur, le gouvernement doit davantage s’atteler à réduire de manière significative les obstacles administratifs qui freinent les projets relatifs à l’emploi des jeunes diplômés et au développement régional; à lutter plus efficacement contre l’économie souterraine, responsable en partie de la hausse générale des prix; à soutenir financièrement les associations de développement régional et local; à faciliter la transition de l’économie informelle au secteur formel, en simplifiant les procédures nécessaires pour démarrer une PME et enfin à moderniser l’appareil administratif pour qu’il ne soit pas un frein à la libre entreprise.