Vendredi 24 mai 2013 | Connexion

13 août, fête nationale de la femme tunisienne

Touche pas à ma Tunisienne

Tunis by night

On dit qu’ils étaient près de 30 mille. En tout cas, et selon des sources au ministère de l’Intérieur,  il n’y avait pas moins de 20 mille personnes à envahir, le lundi 13 août l’avenue Med V pour dire au Gouvernement d’Ennahdha que les acquis de la femme sont une ligne rouge qu’il ne faut jamais dépasser. Ils étaient des femmes mais aussi des hommes pour bien dire que le combat n’est pas seulement féminin, mais celui d’un modèle de société cher aux Tunisiens et pour lequel des générations ont combattu depuis plus de 56 ans.

Tout a commencé lorsque des députés femmes appartenant à Ennahdha et à leur tête Farida Laabidi, utilisées comme des pions,  déclarent que « l’égalité absolue entre l’homme et la femme n’existe pas » et proposent  un article de loi à inclure dans  la future Constitution et qui remplace le principe d’égalité entre l’homme et la femme par celui de la complémentarité.

C’était la bourde de trop de la junte au pouvoir qui fait déborder le vase. L’article de trop qui va alimenter la révolte, au-delà des associations féminines, d’une bonne partie de la société tunisienne attachée à ses acquis.

 Contre l’article 28

Ce jour  là, le 13 aout, dès la rupture du jeûne, on commençait déjà à s’agglutiner autour de la place 14 janvier à l’Avenue Habib Bourguiba.  Au fil des minutes, la place 14 Janvier devenait  noire de monde, avec une profusion de drapeaux tunisiens et de slogans bien connectés par les organisateurs mettant en cause Ennahdha et l’article 28.

A 21h pile, le cortège qui allait faire ses premiers pas sur l’avenue Mohamed V a  du se faire patience. Deux agents féminins des forces de l’ordre ont offert un bouquet de fleurs aux manifestants.  Initiative personnelle ou bien ont-elles étaient mandatées par le ministre d’Ennahdha de  l’Intérieur. Le futur nous le dira. Cela dit, c’était un instant plein d’émotions, dont la solennité est soulignée par le chant de l’hymne national repris par les manifestants.

Ils étaient tous là, sauf la Troïka, bien sûr

Au fur et à mesure que le cortège avançait on s’apercevait qu’ils étaient tous là. On les voyait tous bien présents au devant. Des leaders de partis, des défenseurs des droits de l’Homme, des représentants d’associations, des universitaires, des syndicalistes et tout le menu-fretin de la société civile ont bien marqué leur présence. Il y avait même des étrangers et surtout Fréderic Mitterrand qui marque bien son come-back à sa chère Tunisie qui le portait, pour les raisons qu’on connaît tous, un peu en grippe.  Cela sans parler du nombre, lui aussi, impressionnant de journalistes étrangers, venus spécialement pour couvrir  l’une des premières réactions sérieuses de la société tunisienne contre les Islamistes au pouvoir.

 Dans le calme

A l’intersection Med V et Cyrus le grand, nouveau cordon de policier. La marche ne pouvait aller plus loin. On avait dès lors le choix entre un premier point de chute, le Palais des Congrès  où le Parti Républicain a organisé une fête en  l’honneur de la femme, avec des discours, de la musique et du théâtre.

Deuxième point, la Place du 14 Janvier, ou, ceux qui n’ont pas pu, ou voulu assister  à la fête d’Al Joumhouri, ont choisi de maintenir la pression, histoire de bien montrer le ras-le-bol du Gouvernement et surtout d’Ennahdha  qu’ils accusent de vouloir porter atteinte aux acquis des femmes tunisiennes, mais aussi et surtout aux intérêts du pays.

On pourrait aussi signaler les tentatives d’un petit nombre qui a voulu tenir tête à la décision du ministère de ne pas manifester à l’Avenue Habib Bourguiba. Même si le ton était dur et les slogans appelaient à la chute du pouvoir, l’action n’aura pas fait long feu face à des policiers sur les nerfs mais qui n’ont  pas bronché.

 Un message à Ennahdha

Espérons, comme le précise Maya Jribi, « qu’Ennahdha va réagir et saisir le message lancé par cette marche. »

Du fait, tout ceux qui était présents ce soir là voulaient bien marquer qu’il y a, selon les termes de Beji Caïd Essebssi, chez le peuple tunisien des lignes rouges qu’il ne faut surtout pas dépasser.  Pur procès d’intention, se défend le parti Ennahda dans un communiqué paru quelques heures avant la marche, signe s’il en faut que le mouvement faisait peur.  Selon le leader  islamiste Ghannouchi qui a signé ce document « toute la polémique est fabriquée de toute pièce et le parti Ennahdha a, toujours, de part son histoire, défendu le rôle de la femme « agissante » dans la société ».

Un communiqué plus réconciliant et qu’on peut lire comme un petit pas en arrière d’Ennahdha sur l’article 28. Mais ce n’est là que la fin de la première partie. Il faudra, peut-être,  attendre  le retour des élus de leurs vacances pour entamer la deuxième. D’ici là,  le débat s’annonce chaud. Chacun aura l’occasion d’affuter ces armes.