L’année 2012 est une année cruciale pour la Tunisie ! Tous les observateurs et les initiés à la vie politique tunisienne le confirment : 2012 sera l’année de tous les défis ! De la réussite du processus de transition démocratique à la relance économique en passant par la consolidation du dialogue social, la Tunisie a en effet un passage difficile, déterminant pour son avenir ! Où en sommes-nous aujourd’hui ? Une instabilité politique persistante, une relance économique qui tarde à s’amorcer et une situation sociale encore tendue même si l’été avec ses loisirs aura tendance à calmer relativement les esprits ! Mais ce qui nous préoccupe le plus aujourd’hui, c’est cette succession de divergences et de conflits observés au plus haut niveau de l’Etat et qui sonnent le glas à cette entente cordiale entre les trois « présidents » et dont on pressentait déjà la fragilité ! Aujourd’hui, le constat est accablant en Tunisie : la République est touchée dans ses bases, dans ses fondements et dans l’essence même de ses principes et de ses piliers ! Le pouvoir exécutif est tiraillé, le pouvoir législatif se cherche encore et les décisions sont improvisées et à la limite de l’irrationalité ! En l’occurrence, la question du limogeage de Mustapha Kamel Nabli, Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (Bct), fait l’objet de débats houleux et envenime les relations dans les plus hautes sphères d’un Etat post-révolution qui pèche davantage par sa mauvaise gouvernance que par le fonctionnement discutable de ses instances!
Mustapha Kamel Nabli, homme reconnu pour son intégrité et sa compétence, est contesté par un président provisoire sans réelles prérogatives dans le secteur économique et qui, sans argumentations claires et pertinentes, nous informe, par le biais d’un communiqué laconique diffusé dans un timing improbable, qu’il a décidé de limoger le Gouverneur de la Bct ! Un poste aussi sensible surtout dans le contexte actuel, hautement symbolique et stratégique sur le plan économique et financier, peut-il constituer un objet de « bisbille » entre des responsables politiques qui semblent être plus préoccupés par les échéances électorales qui se rapprochent que par l’intérêt suprême d’une nation en construction démocratique ?!
L’on pourrait se demander, ainsi, pourquoi Mustapha Kamel Nabli est si contesté par l’exécutif ? Au-delà, en fait, de la décision hasardeuse du président provisoire, le président du Gouvernement ne nous a pas donné clairement et définitivement sa position sur cette question ! Une communication en dents de scie et des positions incohérentes et inconstantes qui émanent d’une présidence du gouvernement ne sachant pas encore quelle priorité donner et quel intérêt privilégier ?!
Concernant Mustapha Kamel Nabli, en se référant à des faits concrets et au parcours de cet économiste chevronné, on se rend compte de son indépendance d’esprit et de son souci de l’intégrité et de la diligence dans la gestion des affaires de l’Etat. De son passage au gouvernement au cours de la première décennie Ben Ali, jusqu’à son arrivée à la tête de la Bct, Nabli a su insister sur sa neutralité et son positionnement au-dessus de la mêlée, ce qui lui a souvent valu des désagréments et une certaine hostilité de la part des caciques et des adeptes du clanisme et de l’intérêt partisan, qui n’arrivent pas encore à faire la part des choses et à respecter le principe de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance des organes de contrôle.
La Bct, institution d’émission et de supervision de l’activité financière et bancaire du pays, se doit de garder un minimum de neutralité et d’indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif ! Sa gestion de la politique monétaire et son souci des équilibres macroéconomiques vitaux lui imposent une certaine tenue et une absence de connivence avec les décideurs politiques. La Bct doit pouvoir ainsi jouer son rôle d’alerte et se poser comme un garde – fou afin de mieux préserver les fondamentaux, le tout, dans le cadre d’une meilleure gouvernance économique et financière.
A travers trois actions entreprises, on pourrait déjà mieux appréhender l’apport de Mustapha Kamel Nabli et son positionnement depuis sa prise des rênes de la Bct. Ainsi, rappelons-nous de sa décision de ne plus faire partie du Conseil des ministres comme c’était le cas sous Ben Ali, notamment lors de ses dernières années. Il l’a fait savoir et l’a bien appliqué dès le gouvernement Ghannouchi 2. Ensuite, viendra la circulaire n° 2011-06 de la Bct, une véritable révolution dans la révolution ! En effet, dans le cadre du renforcement des règles de bonne gouvernance bancaire et financière, le Gouverneur a émis, à la date du 20 mai 2011, la circulaire n° 2011 – 06 visant l’ensemble des établissements de crédit de la place de Tunis. Cette circulaire définit une série de dispositifs devant être observés dans l’objectif d’asseoir une gestion saine et prudente garantissant une création de valeur durable et partenariale au sein des établissements de crédit en Tunisie,
Ainsi, la circulaire consacre le principe de la séparation des pouvoirs de contrôle et d’exécution et insiste sur une gestion optimale des risques encourus par les banques. La communication financière et comptable est également valorisée en mettant le curseur sur l’exigence de sa pertinence et de sa fiabilité. Par ailleurs, la circulaire n ° 2011 – 06 renforce l’implication des mécanismes internes de gouvernance, en l’occurrence le Conseil d’administration et les comités exécutifs, dans le bon fonctionnement des systèmes de gouvernance. Il s’ensuit que les responsabilités, les rôles et les missions dévolus à ces organes collégiaux sont bien explicités.
Enfin, l’une des actions – phares de l’ère Nabli à la tête de la Bct, c’est celle ayant pour objectif de garantir une certaine transparence dans la communication de cette institution. Ainsi, chaque mois, nous avons droit à un communiqué bien explicite, accompagné périodiquement d’une note relatant l’évolution de l’activité économique dans le pays. Une note argumentée par des chiffres et appuyée par une analyse des tendances, permettant ainsi aux décideurs de parer à ce manque de visibilité et d’optimiser leur décision dans ce contexte sensible caractérisant ce processus de transition démocratique.
Pour ces actions mais pour d’autres également, nous estimons que Mustapha Kamel Nabli accomplit au mieux son rôle et ses missions à la tête de la Bct et œuvre pour l’indépendance et la fiabilité de cette institution, même si les attentes sont plus exigeantes, notamment en matière de lutte contre la corruption. Une corruption qui a longtemps gangrené le secteur bancaire en Tunisie !
Le débat de l’indépendance de la Bct bat son plein aujourd’hui en Tunisie, et au-delà du personnage même du Gouverneur, il est important de défendre ce principe et d’insister sur un fonctionnement neutre et indépendant de cette grande institution économique et financière qu’il faut savoir préserver et développer encore plus pour qu’elle soit garante des équilibres vitaux de notre économie nationale. Espérons qu’au-delà des intérêts partisans et exigus, qu’au-delà de la lutte des clans et de la course électorale qui commence déjà, les décideurs politiques de ce pays arrivent à comprendre, une fois pour toutes, qu’il y a un intérêt général à préserver, que la séparation des pouvoirs doit être une réalité et non pas un slogan, et que la compétence et l’intégrité des hommes soient plus consolidées et mieux valorisées que leur ralliement et leur soumission !
* Président de l’Association Tunisienne de Gouvernance (Atg)
Universitaire – Administrateur de sociétés









































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