Agenda chargé pour les chefs d’Etat du G20 qui ont dû en une semaine se réunir à Los Cabos au Mexique puis à Rio de Janeiro pour le Sommet de la Terre, du moins pour ceux qui se sont rendus à ce dernier rendez-vous. Deux événements de portée planétaire dont les résultats, malgré l’autosatisfaction d’usage, ont suscité scepticisme ou déception affichée.
Même si les enceintes sont profondément différentes, Los Cabos et Rio relèvent de deux logiques finalement assez proches. De tels événements, surmédiatisés et scrutés par les marchés et les ONG, ne peuvent être l’occasion de trop étaler les divergences qui doivent être gommées au maximum afin que l’image adressée au monde ne soit pas celle de l’échec, donc de la faible utilité de ces rencontres des plus hauts « décideurs » de la planète, mais plutôt celle d’avancées sur la voie du consensus multilatéral.
Le G20 a été dominé par la crise de l’Europe
Le G20 a été dominé par la crise de l’Europe qui a succédé à celle des Etats-Unis, provoquée par l’éclatement de la bulle des subprimes et la faillite de Lehman Brothers. Crise américaine rapidement mondialisée qui avait conduit Washington et Paris à « inventer » ces rencontres au sommet à 20, le G8 n’étant plus suffisamment représentatif des rapports de force dans le monde et les Nations-Unies, jugées inaptes à prendre efficacement des décisions. Le débat au Mexique a porté essentiellement sur la question du dosage adéquat entre austérité budgétaire et soutien à la croissance. Ce débat n’est pas nouveau entre les 20 avec les appels réguliers, ces trois dernières années, aux pays à balance des paiements extérieurs excédentaire pour qu’ils débrident leur consommation intérieure afin d’alimenter la croissance mondiale. Si la Chine est maintenant moins mise en cause pour la sous-évaluation de sa monnaie, l’Allemagne a pris le relais en étant au centre des sollicitations pour qu’elle soit plus proactive en matière de croissance; elle paraît de plus en plus isolée dans sa position rigide qui consiste à exiger le retour accéléré aux équilibres budgétaires et à imposer des politiques de rigueur aux Etats européens du sud. Les résultats des élections législatives en Grèce ont pu rassurer un bref moment les marchés et les hommes politiques avant que la situation ne se dérobe à nouveau sous les pieds des Européens. De même, pour utile qu’elle soit aux établissements concernés, l’aide européenne aux banques espagnoles à hauteur de 100 Mds €, via l’Etat espagnol, a également fait long feu avec la reprise de l’escalade des taux de la dette publique espagnole , à l’origine de l’alourdissement de ladite dette publique. Le renforcement des moyens financiers du Fmi (456 Mds $ dont 75 apportés par les BRICS), décidé à Los Cabos, ne sera pas de trop si la dégradation de la situation financière de l’Espagne se poursuit et touche l’Italie, déjà affectée. Mais cette aide internationale est subordonnée aux propres efforts de l’Europe et à sa capacité de concilier minimum de croissance, amélioration de la compétitivité et retour aux grands équilibres. Ces grands équilibres sont ceux des comptes publics bien sûr mais aussi ceux, plus significatifs, des comptes extérieurs. Fédéralisme accru (avec les parallèles approximatifs dressés par certains entre les difficultés financières actuelles de l’Europe et celles des débuts des Etats-Unis d’Amérique qui avaient conduit au fédéralisme budgétaire ), indispensable soutien financier qui, certes , ne permet pas de se mettre à l’abri des politiques d’ajustement structurel mais, en étalant l’effort, le rendre plus supportable pour l’économie et la population. Encore faut-il que ce nouvel équilibre à trouver soit accepté par l’Allemagne et que le dosage durée/intensité des efforts soit pertinent. L’environnement ne doit pas entraver le développement et, si possible, le favoriser.
A Rio, pour la Conférence marquant le vingtième anniversaire du « Sommet de la Terre », l’Europe a également été sur la sellette, mais pour des raisons différentes de celles de Los Cabos. Il était illusoire d’attendre des percées – même conceptuelles – en ces temps troublés où chacun se débat pour maintenir ou retrouver la croissance. Face aux grands pays émergents comme la Chine, l’Inde, le Brésil qui ne sont pas prêts à sacrifier leur développement sur l’autel de l’écologie ou aux Etats-Unis, dont le Congrès est majoritairement hostile à de tels sacrifices, présentés comme attentatoires à la croissance et inéquitables car largement unilatéraux, l’Europe entend montrer l’exemple en s’imposant des contraintes chiffrées ou en défendant la création d’une organisation mondiale de l’environnement qui complèterait la gouvernance mondiale en prenant place à côté de l’Oit mais surtout de l’Omc. Pour les émergents, le développement durable passe d’abord par l’économie verte mais celle-ci ne trouve pas grâce aux yeux des écologistes qui y voient le prolongement coupable du productivisme et l’appropriation indue de l’agenda environnemental par les entreprises. Position radicale qui fait mine d’ignorer que, sans développement, sans croissance, la prise en compte effective des considérations écologiques par les pays émergents ne pourra pas être obtenue. Le sentiment qu’il faut protéger la planète est aujourd’hui partagé par tous et il y a lieu de se réjouir que les entreprises s’attachent à mettre au point de nouvelles technologies, de nouveaux process plus respectueux de l’environnement. Il s’agit là d’une mutation considérable qu’il faut saluer, encourager et non rejeter par radicalisme. Le débat se poursuit à travers les décennies entre ceux qui estiment – comme le Club de Rome en 1972 qui prônait la croissance zéro – que la Terre a dépassé les limites de ce qu’elle peut supporter et les responsables gouvernementaux qui, pour satisfaire leurs électeurs, prônent le retour ou le maintien de la croissance (selon les situations). L’environnement n’est pas oublié mais il ne doit pas entraver le développement et, si possible, le favoriser…
Vous trouverez la suite de cet article dans notre dernière livraison du magazine L’Economiste Maghrébin du 11 au 25 juillet.







































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